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2023-11-01

"Accrobranche..." (à mon amie Désirée)

Promenade du dimanche :
là-haut, au bout de sa branche,
une feuille s’agrippe et se déhanche,
et tient tête aux armes blanches
des rafales : folle plume Comanche
s’opposant à l’ultime avalanche
vers la terre en bas qui s’épanche ;
exhortant son corps qui flanche
à retarder la coupure franche
que l’automne à coup sûr déclenche !

 

2019-10-30

"Sonne automne…"

S’obstinent les plus rebelles
à se dresser au jardin
quand la clôture annuelle
des étals fait son chemin
et bat la mise en sourdine,
comme baisse la patronne
les rideaux sur ses vitrines,
peints aux couleurs de l’automne,
et dans les froids alvéoles
de ses austères rayons
sur d’anémiques corolles
cloue ses derniers papillons !

2019-02-09

"Pomme dépit…"

Pomme pourrie posée par terre
près d’une pierre,
pommée au pied d’un petit pommier.
Pauvre pomme à peau plissée,
plantée là, pleine de pus,
peinte au sépia, piquée de points profonds,
imprégnée de pluie pulsant du plafond
pâle placardé plus haut,
perdue pour la pâte et la compote !
Privée de parti-pris, proie pitoyable
par les prédateurs prête à périr,
pressés de la prendre, la peler et la pétrir.
Pulpeux pommeau sous pression poisseuse
d’empreintes pointues la perforant.
Pomme prosélyte de pensées primaires
propageant à pleins poumons palpitants
le principe putride de peloter et pincer ;
éperdue porte-parole du premier pêcheur
à paumes plaquées, priant le prince
que perdure son printemps possessif !

2017-12-07

L’ide noir…


Comme il monte des abysses pour sa moisson,
traînant dans son sillage un trouble saturnien,
lancine le ballet d’un hostile poisson
derrière le dépoli du bocal crânien.

Son silence haletant fait résonner l’angoisse
de l’asphyxie prochaine, à mesure qu’il pompe
chaque globule d’air fuyant vers la surface,
où le souffle du ressac, anémié, s’estompe.

Et lorsque enfin il redescend à son abîme,
ne demeure après lui que des eaux orphelines
– et l’âme noyée ! Dont le cadavre anonyme
avec la houle échoue au rivage du spleen !

2017-01-10

"Fait d’hiver…"


Saison pour la rose
hérisser à fleur de peau
de froides épines.

2016-11-01

"Défeuillaison…"


L’automne est rentré : son cartable
est lourd de feuilles grabataires
l’enflant d’un ictère friable
prêt à
s’éparpiller par terre.
En voilà une qui dévale
avec confiance dans l’air dense,
sitôt happée par la spirale
d’un aller sans correspondance :
penne
perdu d’oiseau de bois
plus déplumé chaque matin,
maigre et fiché dans le sol froid :
prochain squelette en mon jardin !

2016-09-27

"Envolées plumes, feuilles mourantes…"

Terme de l’été. Novice oiseau est mué. Jetée sa terne et hirsute barboteuse ! Il arbore désormais un tout neuf bel habit dont fièrement déploie la cape irisée – magnifique ! Est temps pour lui de quitter la feuillée : au bord du nid se percher, saisir le bras du vent, faire le grand plongeon. Quand de sa branche il se détache, embarque l’oiseau sur le vol inaugural de sa ligne exclusive : volée première d’un périple hasardeux jusqu’aux confins de sa vie ; pour cette belle saison qui l’a vu naître, début de l’agonie. Temps de l’inexorable étiolement des limbes, dorénavant superflus ; des feuilles surannées qui n’ont plus rien à perdre et chaque jour osent l’outrance davantage de folles tenues, plus excentriques, plus consumées toujours d’incarnats incendiaires, d’ocres brûlantes, d’ardentes mordorures : voulant chacune rivaliser avec la mise flamboyante du jeune oiseau qu’elle couvait naguère, quand sera venue l’heure à son tour de voyager, lui ressembler assez pour pouvoir le rejoindre. Mais tandis que l’oiseau enchaîne les escales, lorsque cède la feuille aux assauts du vent et de sa branche s’élance, elle n’entreprend qu’un direct aller simple qui la déposera au terminus de son bref périple !

2016-08-19

"Floral sex…"

Le syrphe humant humide au creux du calice la perle émoustillante s’empresse vers son élue. Et fond sur l’orifice ! Pour mieux au seuil se retenir et s’exciter déjà d’un surplace enivrant de carnation et parfum sensuels ; retardant la conclusion de l’idylle suspendue au vibrato fébrile de ses ailes floues et diaphanes. Et tandis que les pales de l’inaudible hélice défient à plein régime la rémanence, et qu’elles soufflent la caresse troublante de leur haleine à rosir le gynécée sensible – la fleur soudain frissonne à la brise stationnaire, telle languissant le vibrion s’appliquant à la butiner : belle impatiente à jouir encore du cunnilingus imminent d’un nouvel amant de passage !

2016-04-08

"Ras le bol…"


Ma tête inclinée déborde tel un bol la soupe emplit à ras bord.
Sur la nappe les mots versés tout autour éclaboussent.
Par terre glissent nombre d’entre eux emportés par la chute.
Précipité à les coucher pleins, trop vite ai penché le bol au vide,
partout postillonnant le fluide qui y clapotait.
Et n’obscurcissent que rares jets le blanc,
des phrases belles en ma tête si bien construites à écrire
– dont le meilleur est aux égouts !

2016-04-02

"Ouverture prochaine…"


Quel bourdon premier
s’enivrera dès ouvert
l’aguichant périanthe ?

2016-03-25

"Hyperthermie vernale…"

Quand des jupes aromales
Monte dans l’air immobile
L’invitation des nubiles
À l’ivresse de l’escale,

Bas dans le ciel des languides
Se rue le vol des insectes :
Raidissant pour la collecte
Leurs zélées trompes avides ;

Leurs ailes épileptiques
Mixant senteurs et soupirs
Tels des fouets électriques ;

Finissant par s’assouvir
Dans un mutisme pudique
Dérobant l’acte extatique.


2015-11-01

"Vigilance…"

Les eaux lisses sont invisibles,
à leur place un reflet paresse
en chaque gemme enchanteresse
d’un mimétisme marcescible.

Les arbres frissonnants épanchent
quelques ondées de papillons
allant conclure en tourbillon
leur bref périple d’avalanche.

Là-haut, gris et bleus métalliques
coulent la chape magnétique
d’une voûte d’acier trempé.

La nature se pelotonne
sous la pelisse de l’automne ;
et je reste dehors, vampé !

2015-10-02

"Décidu…"

De l’écume grise des toisons
en transhumances orageuses
galvanisant les prés bleus ;
de l’éclipse totale
chaque jour effarouché plus tôt
pour autant de champs libre à la nuit
qui elle n’a peur de rien ;
des souffles fraîchissant qui s’enhardissent
et insinuent partout à tâtons
leurs mains froides en quête de frissons ;
des oiseaux prêts à appareiller
qui toutes plumes dehors
tournent leurs poupes becquetant
vers de moins tristes tropiques
– le temps est venu :
d’amorcer son repli ;
de s’endormir ;
d’apaiser son cœur et de le ralentir ;
de réserver son sang à ses membres enfouis ;
de secouer sa tête ;
de se dépouiller ;
d’ébouriffer sa chevelure marcescente,
d’y réveiller les papillons alanguis ;
d’offrir aux tourbillons qui s’impatientent
des nuées d’ailes mordorées !

2015-07-03

"Le temps mord…"


Il n’est pas liquide
mais tu as peur de le perdre,
comme une réserve d’oxygène
comprimée, prête à fuir
quelle bouteille assez étanche
emmagasinant l’air du temps
à respirer à échéance.

Il n’est pas enjeu
mais tu cherches à le gagner,
comme de l’argent à long terme
épargné, prêt à rendre
quels intérêts assez rentables
enflant une somme d’instants
à dépenser à l’avenir.

Il n’a pas d’issue
mais tu cours après sa mort,
comme après le point final
annoncé, prêt à clore
quel agenda assez épais
prenant à la dernière page
le plus ultime rendez-vous.

Tu crois le tenir en laisse
tandis qu’il trotte à la longe en se laissant faire
au fond d’étroits manèges sous verre.
Et tu voudrais bien remonter
le mouvement perpétuel de son balancier fatal
sans fin repoussé à tour de rôle
entre les deux pôles d’un nouveau paradoxe.
Mais chaque aller-retour te convoque et dépense et respire,
et te berce de son illusion.

Le temps est un troupeau sauvage
qui n’en finit pas de migrer :
sans jamais souffler, interminable, il passe
– et ses sabots te piétinent !
Sur l’immense plaine devant lui,
seuls des brins d’herbe qui dépassent,
que broutera bientôt la harde,
sans même infléchir sa course
– jusqu’à la racine !

2015-06-25

"D’écho ration…"


Un tendre imprimé fleuris
exquisément parfumé.
 

Nœud au fichu désuet. 

Saison passant des bouquets
fanés au cou de grand-mère.
 

Goût de madeleine en bouche.

2015-05-21

"Hauts à bois…"


souches hors du temps
où grandissent des cadrans
dépourvus d’aiguilles
 

d’hirsutes crinières
peignées aux souffles contraires
déployant leurs limbes
 

détendeurs par veines
jusqu’au masque à oxygène
de sève solaire
 

semence à lumière
germant ses éclats de verts
dans la gemme bleue
 

l’horizon ourlé
par les pointes et filets
au voile céleste
 

entre obscur et clair
le double jeu vasculaire
du yin et du yang

2015-05-14

"Toxico chenille…"


Jour après jour devant ta glace
tu déplores le temps qui passe :
ta peau naguère satinée
désormais laisse deviner
le panorama en détresse
d’une enveloppe qui s’affaisse
et que l’usure sédimente :
paysage dans la tourmente
d’un haillon chiffonné en boule
plein de plis quand tu le déroules ;
tel le nuancier au nitrate
d’une photographie sans date,
ta coloration se flétrit
et vire peu à peu au gris
cendre de ces interminables
jours pluvieux où, inconsolable,
tu adhères aux carreaux mouillés
comme la honte au fer rouillé.

D’abord te crus larve ingénue
dont le temps était advenu
de préparer sa chrysalide,
d’où émergerait un humide
papillon aspirant aux cieux,
ainsi te calcifiant pour mieux
te fendre et mieux ressusciter.
Mais les bourgeons ont éclatés
bien des printemps et rien n’augure
que le mal qui te dénature
progresse vers sa guérison.
Alors tu languis l’horizon
en te demandant tout tremblant
si au lieu d’être le ver blanc
tu ne serais pas à l’inverse
le bois qu’il infecte et transperce,
et ton espérée renaissance
en vérité ta marcescence !

2015-05-03

"L’heure d’étai…"

Combien de fois par jour guettes-tu l’heure ?
Depuis que tu sais « lire » une montre,
combien de fois l’as-tu fait ?
Un nombre incommensurable !
Ta peur atavique de rater le temps
comme tu raterais un train,
comme si tu pouvais manquer celui-là
dont toujours entre en gare le prochain !
Tu te presses à la parade duodécimale
faire le tour du cadran,
ne perds pas une miette du défilé des trottantes :
ces semeuses en rond des mêmes cailloux blancs
déjà échelonnés au cycle précédent :
une ronde de lunes enchaînées,
tenues à l’œil massif de leur gardienne,
saisons après saisons qui se promènent
à sens unique dans la cour orbitale,
le long du mur étanche de la gravité.
Ô tu raffoles du manège à contretemps perdu d’avance,
l’écouter grincer ton quotidien
à intervalles qui scandent qui balisent chaque tournant de ta vie.
Mais n’est-il pas temps aujourd’hui
de te tourner la tête à un autre rythme ?
D’évincer la despote heure martiale
et passer à l’heure congénitale ?
De laisser les montres s’éteindre, se vider de leur temps,
puis au bout des aiguilles recueillir tout ce sang
pour perfuser ton cœur et serrer son ressort,
avant qu’il soit trop lâche ?
Tu ne voudrais quand même pas,
faute de l’avoir remonté,
parce que ça t’est sorti de la tête,
que ton vieux cœur s’arrête ?
Ne plus sentir l’oscillation faire grimper ton compte-jours ?
Perdre le fil de ton compte à rebours ?
Et, privé d’à présent, craindre d’être en retard
et te précipiter et arriver trop tôt
à ton dernier rendez-vous ?

2015-04-18

"Fleurs délices…"


Dès renouveau matin les nubiles
se dévergondent, à leurs persiennes
effeuillent leurs voluptés pubiennes
avec désinvolture – jubilent !
 

Mon regard alors main audacieuse
caresse les fruits ainsi offerts,
descend monte à la tête dans l’air
lourd, suit la chaleur des aguicheuses ;
 

enfin s’enhardit sous les buissons
pourlécher les nectars polissons
scintillant des corolles humides.
 

Non, ivres d’essences nymphomanes,
vers l’efflorescence des organes
mes yeux baissés n’ont rien de timide !

2015-03-20

"L’écriture viscérale…"


Retour au bloc opératoire. Une fois de plus. Un rituel me ramenant inexorablement en ce lieu qui en quelque sorte me libère et me laisse m’exprimer. Sans surprise, la salle est immaculée. Sa nudité a quelque chose d’intimidant, presque d’effrayant : aucune aspérité n’y détourne l’attention ; rien susceptible d’accrocher le regard. Mes yeux s’attardent-ils le long des murs lisses et glissants, ils sont aussitôt happés par le néant de cet abîme glacé. Cet espace aux confins indiscernables me donne le vertige !
Au milieu de la pièce nue se dresse une unique grande table, tout aussi inquiétante que le lieu lui-même. Mes instruments sont rangés dessus : un encerclement d’armes offensives assiégeant le sujet recouvert d’un linceul, comme si ce dérisoire rempart pouvait lui assurer une protection quelconque. Je les manipule, les soupèse, les examine avec soin, et ne vois là que de banals outils, dont le rôle au fond est très secondaire : tout juste servent-ils à prolonger la main, elle-même piètre relais du cerveau.
Mon esprit vagabonde… Le sujet endormi attend, immobile. Peut-être s’impatiente-t-il ? Mais j’ai du mal à me concentrer. Comme d’habitude il me faudra un long moment avant de démarrer…
Je finis néanmoins par m’y mettre et attaque la dissection. J’expose d’abord les entrailles, les étale devant moi : elles déversent leur chaos dans le tréfonds de mes yeux ; leurs nuances sombres tranchent net sur la blancheur qui règne autour ; leur enchevêtrement me semble inextricable. Je m’efforce pourtant de démêler cet écheveau, à la recherche d’un fil conducteur, des premiers accords d’une harmonie possible née de la dissonance. C’est comme résoudre une énigme : je dois identifier un ordre, donner un sens, révéler une solution.
À mesure que j’opère, rapidement le chaos empire, il y a du sang partout. J’ai l’impression que c’est le mien : le jus épais de mon être écrasé sous le poids de l’effort, pressé comme un fruit rouge qui rend cette sueur écarlate suintant par tous mes pores, jusqu’aux extrémités de mes mains moites. Je regarde mes doigts livides et leur pulpe rougie : ils ressemblent à des cigarettes dont le bout incandescent brûle le champ opératoire.
Je m’applique, avec acharnement : je coupe, je dispose ; enlève à droite, ajoute à gauche ; je débranche par-ci, rebranche par là ; puis recommence, encore et encore. Je tourne en rond dans un labyrinthe sans trouver d’issue. Je m’évertue à assembler les pièces d’un puzzle, en tâtonnant, suivant une laborieuse progression par échecs successifs. Je m’accroche à l’espoir que petit à petit une logique prenne forme, un embryon de cohérence auquel me cramponner : l’amorce d’une piste à suivre. Mais le temps passe et le schéma continue de se dérober, rechigne à émerger du brouillon. Quand je le sens tout proche – et parfois même là, sans crier gare, évident – il s’éloigne aussitôt. C’est comme faire le point en tournant dans un sens puis dans l’autre la bague d’objectif d’un appareil photo, alternant sans cesse entre le flou et la netteté, sans jamais parvenir à tenir le bon équilibre. Je n’arrive pas à figer un plan plutôt qu’un autre, ils me résistent tous de la même façon. Il faudra bien pourtant me résoudre à un choix, pour enfin suturer quelque chose ; en me demandant comme à chaque fois si j’ai opté pour le bon fil : celui qui sera assez solide pour maintenir les tissus en place, mais pas trop, afin de leur permettre plus tard de se libérer. D’ailleurs, quand tout sera cousu, refermé, verrouillé, je sais que le doute subsistera, l’angoisse d’avoir raté l’opération, la crainte des greffes rejetées, des possibles séquelles, empêchant que tout fonctionne ainsi qu’imaginé.
À force, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas de bonne conclusion : les solutions sont en nombre infini. Comme le sont les voies menant à chacune d’elles ! D’où cette quête perpétuelle d’un dénouement fatalement provisoire et toujours insatisfaisant, car il ne peut découler que d’un compromis. Je pourrais répéter la même opération un million de fois, je n’obtiendrai jamais la même cicatrice. Chaque résultat sera différent sans qu’aucun ne soit ni pire ni meilleur qu’un autre. L’ennui, croissant avec le temps imparti, au bout du compte intimera de mettre un terme. Et, à l’arrivée, seule la frustration sera sans faute au rendez-vous. Alors, parce qu’il faut bien à un moment donné passer à autre chose, je m’arrêterai là. Probablement aussi à cause de la fatigue. Mais avec la certitude inébranlable que malgré tout, très bientôt, je recommencerai !