2017-11-17

Sale taon…

Lorsque la mouche te pique
et te harcèle,
à tire d’ailes
vrombit, noire, satanique,
et te martèle
tant la cervelle,
et la pile, méthodique,
dans un cocktail
obsessionnel ;
lorsque la mouche t’astique
à la javel,
par jeu cruel
salive son jus caustique
jusqu’aux parcelles
rongées du ciel
crânien à nu, achromique,
vers des séquelles
perpétuelles
– rendu à force hystérique,
d’un seul coup, tel
Guillaume Tell
tu épingles la sadique
contre l’autel
industriel
d’un meuble en bois exotique !
– Et tu révèles
l’Ennui mortel !

2017-10-27

Extinction de bois…


(ou le déclin des populations d’oiseaux)
Le décor est planté,
            les coloris sont là :
les jaunes mordorés,
            les ocres, les grenats,
les nuages nacrés
            et le bleu par-delà ;
tout ça bien réchauffé
            par un orange éclat.
Mais l’automne affligé
            pleure, triste et sans voix,
les petits becs cloués
            – et l’extinction de bois !

2017-08-25

"Papillons d’ennui…"


Il est des jours caoutchouteux
qui engluent l’âme dans la gomme
insipide d’un temps pâteux
aussi collant que du chewing-gum.

Quand le cerveau est aspiré
par l’oscillation apathique
d’une pendule aux traits tirés
rythmant les heures élastiques ;

et que sous langueur sédative
l’esprit dort telle une eau captive
aux reflets éteints par la nuit.

Seule l’angoisse encore éclaire,
attirant comme un lampadaire
le vol des papillons d’ennui !

2017-08-18

"Rhume devers mots…"


C’est la grise mine aujourd’hui
et ma plume, la goutte au nez,
ne cesse de dégouliner
une incolore odeur de pluie.

L’encre anémiée mouille et gondole
son linceul, y dilue les mots
gisant sur leur luisant tombeau,
où leur dernier souffle s’envole.

Je froisse mouchoir sur mouchoir
vite détrempés d’humeurs noires
comme le vide sidéral.

Et tandis que mon front bouillonne,
les heures vaines s’additionnent
dans un abysse minéral.

2017-01-10

"Fait d’hiver…"


Saison pour la rose
hérisser à fleur de peau
de froides épines.

2016-11-01

"Défeuillaison…"


L’automne est rentré : son cartable
est lourd de feuilles grabataires
l’enflant d’un ictère friable
prêt à
s’éparpiller par terre.
En voiune qui dévale
avec confiance dans l’air dense,
sitôt happée par la spirale
d’un aller sans correspondance :
penne
perdu d’oiseau de bois
plus déplumé chaque matin,
maigre et fiché dans le sol froid :
prochain squelette en mon jardin !

2016-09-27

"Envolées plumes, feuilles mourantes…"

Terme de l’été. Novice oiseau est mué. Jetée sa terne et hirsute barboteuse ! Il arbore désormais un tout neuf bel habit dont fièrement déploie la cape irisée – magnifique ! Est temps pour lui de quitter la feuillée : au bord du nid se percher, saisir le bras du vent, faire le grand plongeon. Quand de sa branche il se détache, embarque l’oiseau sur le vol inaugural de sa ligne exclusive : volée première d’un périple hasardeux jusqu’aux confins de sa vie ; pour cette belle saison qui l’a vu naître, début de l’agonie. Temps de l’inexorable étiolement des limbes, dorénavant superflus ; des feuilles surannées qui n’ont plus rien à perdre et chaque jour osent l’outrance davantage de folles tenues, plus excentriques, plus consumées toujours d’incarnats incendiaires, d’ocres brûlantes, d’ardentes mordorures : voulant chacune rivaliser avec la mise flamboyante du jeune oiseau qu’elle couvait naguère, quand sera venue l’heure à son tour de voyager, lui ressembler assez pour pouvoir le rejoindre. Mais tandis que l’oiseau enchaîne les escales, lorsque cède la feuille aux assauts du vent et de sa branche s’élance, elle n’entreprend qu’un direct aller simple qui la déposera au terminus de son bref périple !

2016-08-19

"Floral sex…"

Le syrphe humant humide au creux du calice la perle émoustillante s’empresse vers son élue. Et fond sur l’orifice ! Pour mieux au seuil se retenir et s’exciter déjà d’un surplace enivrant de carnation et parfum sensuels ; retardant la conclusion de l’idylle suspendue au vibrato fébrile de ses ailes floues et diaphanes. Et tandis que les pales de l’inaudible hélice défient à plein régime la rémanence, et qu’elles soufflent la caresse troublante de leur haleine à rosir le gynécée sensible – la fleur soudain frissonne à la brise stationnaire, telle languissant le vibrion s’appliquant à la butiner : belle impatiente à jouir encore du cunnilingus imminent d’un nouvel amant de passage !

2016-08-08

"Filer à la glaise…"

L’odeur me hante d’une grasse terre :
étrange fantôme qui gesticule
au fond de ma mémoire sédentaire,
où soudain je cherche des tubercules !

Comme une bête sauvage affamée
qui rôde et flaire à l’heure des esthètes
une odeur clandestine et bien famée,
et retourne la glaise avec sa tête !

2016-05-04

"L’immonde hisse…"


Vagues bouffées de pestilence
qui préfigurent
aux alentours la putrescence
d’un tas d’ordures.
Puis là, soudain, vautrée par terre,
cette poubelle
éventrée versant ses viscères
obscènes, telle
vomissant par sa gueule obscure
des immondices
digérées, une créature
sur des abysses
accroupie, au bord du trottoir
qui bée en face
son large et graisseux fossé noir
– où que l’on passe !