2019-02-09

"Et l’évasion…"

J’ai la tête remplie de petites histoires
réchauffant de l’éclat conféré par les rêves
un monde à l’agonie ; n’ayant que l’exutoire,
face à l’obscurité, de ces fictives brèves.

Ainsi m’arrive-t-il durant les heures creuses
de confier à la page un trop plein de pensées
tout près d’être perdues ; rendant ma plume heureuse
à exhumer l’espoir sous l’encre déversée.

Troquant ce lieu vicié, étouffant dans sa bulle
de gaz carbonaté souillé de particules,
qui insidieusement dissémine la mort

– contre un jardin d’éden dans le tréfonds de l’âme ;
sur le dos des mots, sauvages et sans remords,
m’évadant de l’ici-bas condamné au drame !

"Pomme dépit…"

Pomme pourrie posée par terre
près d’une pierre,
pommée au pied d’un petit pommier.
Pauvre pomme à peau plissée,
plantée là, pleine de pus,
peinte au sépia, piquée de points profonds,
imprégnée de pluie pulsant du plafond
pâle placardé plus haut,
perdue pour la pâte et la compote !
Privée de parti-pris, proie pitoyable
par les prédateurs prête à périr,
pressés de la prendre, la peler et la pétrir.
Pulpeux pommeau sous pression poisseuse
d’empreintes pointues la perforant.
Pomme prosélyte de pensées primaires
propageant à pleins poumons palpitants
le principe putride de peloter et pincer ;
éperdue porte-parole du premier pêcheur
à paumes plaquées, priant le prince
que perdure son printemps possessif !

2018-08-17

"Crasse matinée…"

Alors que tu t’éveilles,
tari ton sédatif de la veille,
tu entends un boléro
de flocs sur la piste au carreau :
il pleut !

Tu t’approches de la fenêtre
et il te faut bien reconnaître
qu’à la bande son correspond l’image !
Pitoyable, le teint gris et en nage,
le ciel est mal en point :
agité, il transpire à gros grain
sous une épaisse ouate
froissée, oppressante et moite.
À défaut d’un médicament,
tu te dis qu’avec du temps,
le calme aidant, il ira mieux
et recouvrera son beau teint bleu.
Car souvent le repos
est le meilleur remède à bien des maux
qui guérissent ainsi d’eux-mêmes,
comme se résout tout seul un problème
dès que l’on cesse d’y réfléchir.
Bref, laisse le ciel se rétablir
au lieu de vainement t’épancher
– et retourne donc te coucher !

Et comme tu replonges,
les yeux clos grands ouverts sur des songes,
tu oublies le boléro
des flocs sur la piste au carreau
– qu’il pleut !

2017-12-07

L’ide noir…


Comme il monte des abysses pour sa moisson,
traînant dans son sillage un trouble saturnien,
lancine le ballet d’un hostile poisson
derrière le dépoli du bocal crânien.

Son silence haletant fait résonner l’angoisse
de l’asphyxie prochaine, à mesure qu’il pompe
chaque globule d’air fuyant vers la surface,
où le souffle du ressac, anémié, s’estompe.

Et lorsque enfin il redescend à son abîme,
ne demeure après lui que des eaux orphelines
– et l’âme noyée ! Dont le cadavre anonyme
avec la houle échoue au rivage du spleen !

2017-11-17

Sale taon…

Lorsque la mouche te pique
et te harcèle,
à tire d’ailes
vrombit, noire, satanique,
et te martèle
tant la cervelle,
et la pile, méthodique,
dans un cocktail
obsessionnel ;
lorsque la mouche t’astique
à la javel,
par jeu cruel
salive son jus caustique
jusqu’aux parcelles
rongées du ciel
crânien à nu, achromique,
vers des séquelles
perpétuelles
– rendu à force hystérique,
d’un seul coup, tel
Guillaume Tell
tu épingles la sadique
contre l’autel
industriel
d’un meuble en bois exotique !
– Et tu révèles
l’Ennui mortel !

2017-10-27

Extinction de bois…


(ou le déclin des populations d’oiseaux)
Le décor est planté,
            les coloris sont là :
les jaunes mordorés,
            les ocres, les grenats,
les nuages nacrés
            et le bleu par-delà ;
tout ça bien réchauffé
            par un orange éclat.
Mais l’automne affligé
            pleure, triste et sans voix,
les petits becs cloués
            – et l’extinction de bois !

2017-08-25

"Papillons d’ennui…"


Il est des jours caoutchouteux
qui engluent l’âme dans la gomme
insipide d’un temps pâteux
aussi collant que du chewing-gum.

Quand le cerveau est aspiré
par l’oscillation apathique
d’une pendule aux traits tirés
rythmant les heures élastiques ;

et que sous langueur sédative
l’esprit dort telle une eau captive
aux reflets éteints par la nuit.

Seule l’angoisse encore éclaire,
attirant comme un lampadaire
le vol des papillons d’ennui !

2017-08-18

"Rhume devers mots…"


C’est la grise mine aujourd’hui
et ma plume, la goutte au nez,
ne cesse de dégouliner
une incolore odeur de pluie.

L’encre anémiée mouille et gondole
son linceul, y dilue les mots
gisant sur leur luisant tombeau,
où leur dernier souffle s’envole.

Je froisse mouchoir sur mouchoir
vite détrempés d’humeurs noires
comme le vide sidéral.

Et tandis que mon front bouillonne,
les heures vaines s’additionnent
dans un abysse minéral.

2017-01-10

"Fait d’hiver…"


Saison pour la rose
hérisser à fleur de peau
de froides épines.

2016-11-01

"Défeuillaison…"


L’automne est rentré : son cartable
est lourd de feuilles grabataires
l’enflant d’un ictère friable
prêt à
s’éparpiller par terre.
En voiune qui dévale
avec confiance dans l’air dense,
sitôt happée par la spirale
d’un aller sans correspondance :
penne
perdu d’oiseau de bois
plus déplumé chaque matin,
maigre et fiché dans le sol froid :
prochain squelette en mon jardin !