September 26, 2014

"Le temps t’accule…"


Allant-venant à chaque laps,
le temps te lime par seconde,
t’émiette en poudre de ce monde,
te réduisant à un ersatz.

Sans que tu puisses rien y faire,
il te burine ride à ride,
entre les plis d’un cuir aride
drainant la fraîcheur de ta chair ;

tout en sirotant ta mémoire
vers un néant de basse-fosse
aussi ultime qu’un trou noir.

Jusqu’au bout de ta corrosion,
quand ne restera qu’un peu d’os
à ronger, avant l’occision.

July 09, 2014

"À la tombée de l’ennui…"


À la tombée de l’ennui, à l’heure où le corps perclus repose une fois encore sous le linceul crépusculaire de l’éveil agonisant, quand la main devient inutile, sevrée de crayon et de clavier – s’en vient à l’esprit désarmé une verve évanescente.

Grouillant écheveau de vers libres, nus sans les atours de la rime, décochés en l’air entre quatre murs et s’écrasant par terre, faute d’avoir rencontré la résistance de leur cible, en martelant au sol le rythme lourd du cœur-tambour cognant dans la poitrine.

Au séisme du soir échu, battent les tempes à coups de marteau qui enfoncent la tête dans l’oreiller brûlant, en quête de leur propre écho sur les ténèbres en vigilance au fond des faux-plis de l’insomnie.

Le tracé fantôme fébrile colonise la latence des rétines aveugles, renvoie la pensée à sa genèse haptique, noue son corps filaire en transe suspendue au tempo muet des airs imaginés, puis à celui lancinant du vide submergeant la fosse crânienne comme tarit la mélopée intime.

Le non-écrit des pures sensations s’évapore au creux de l’estomac nocturne : ce déversoir immense des gargouillis de l’âme, où les mots thaumaturgiques s’abîment avec frénésie, aussitôt happés, chiqués, postillonnés, partis en fumée blanche épaissir l’encre de la mémoire vespérale, hautement volatile, toujours vierge au petit matin.

June 26, 2014

"Mots lestés…"

Mes mots s’épuisent à courir
après les émotions-mirages
qu’ils voudraient mettre dans leur cage
pour les empêcher de mourir.

Noirs pèlerins en file indienne,
en proie aux déserts aveuglants,
ils ricochent contre des bancs
qui les enferment à la peine ;

sèchent à tracer un passage
en pointillé à la frontière
entre les sens et le langage ;

échouant à tirer du sable,
tamisé par les plus fins vers,
les sentiments insaisissables.

June 06, 2014

"Boîte de cardine…"


Tu t’érodes au fil abrasif
des journées lisses, ressassant
les rituels abrutissant
d’un ordinaire persuasif.

Quelque part au milieu du rang,
tu fais la queue sans autre but,
mis en moite avec ta tribu
de confinement écœurant.

Tu griffes les murs lubrifiés
d’une taule chromée, retombes,
du rouge aux ongles, tuméfié ;

Puis restes recroquevillé,
trempant dans l’huile de la tombe
où l’ennui te tient chevillé.

May 31, 2014

"Grains de joli…"


Sable dans les yeux
qu’apporte le vent de mai
des dunes de fleurs

Quand chaque clin d’œil
fait crisser sous les paupières
les grains de couleur

May 26, 2014

"Lent sable…"


Le même souffle malicieux
chassant le sable devant moi,
pousse la dune dans mon dos, 
qui tranquillement me rattrape 
et toujours m’enlise un peu plus ;
jusqu’à l’ensevelissement, 
l’ultime coup d’œil sur la route 
par laquelle je n’irai pas, 
l’annihilation dans labysse 
mouvant de ce tombeau à sec.

May 12, 2014

"L’âge mur…"


Pierre après pierre de mes faiblesses,
scellées au ciment des fortunes,
les années sournoises dans ma tête 
ont monté hauts les murs de leur prison ; 
d’où mon âme aujourd’hui avec envie 
lorgne par les barreaux agrippés 
sur la vaste utopie du dehors, 
s’y revoyant un souffle courir libre,
en l’enfance sans interdit, 
quand tout semblait possible, 
et, le plus beau, s’avérait l’être 
pour l’innocent cerveau d’alors, 
ignorant franchir des frontières !

April 28, 2014

"Double foyer…"


Discrètement, depuis un temps flou, le jour a vacillé puis s’est éteint, telle une bougie vaincue dépose aux pieds de la nuit les armes fumantes de son dernier soupir.

Dans la chambre, jamais tout à fait obscure, se referment alors les orifices du visage, tombent les rideaux de peau. Les bataillons ciliaires serrent les rangs aux frontières, vibrant sous la pression de tenir occultées les cloisons étanches, pendant que dehors menacent les lueurs zombies à la traîne, attirées par l’odeur du sang au fond des globes oculaires.

Et tandis que les portes claquent au nez des retardataires, plongeant la salle dans le noir, là-bas, tout là-bas, bien après les rétines, branchés à l’estuaire des nerfs optiques sur le courant d’une pile insomniaque, s’ouvrent les yeux ne clignant pas, rougis à suivre en boucle obsédante, sur grand écran mnémonique, le long-métrage scintillant de la nouvelle séance blanche.

April 12, 2014

"Règle de trois…"


Sur un drap sinople
fripées vers se déplier 
trois gouttes de feu

Triplés dans le ventre 
brun près de perdre les eaux 
de trois cœurs éclos

Boutons à défaire
en trois points épanouir
fleurs de suspension

Triple homicide 
à injecter le blanc d’œil
avec un sang neuf