October 25, 2014

"L’enclos-porte…"


Sur le chemin mille fois parcouru, 
parmi les accidents, les préjudices,
tu traques
tête basse les indices
qui débusqueraient une idée recrûe ;
 
tu fouilles sous les replis advenus,
sur les traces
d’antécédents auspices
dont te souviens encor
des vents propices
t
e ballottant par des mers inconnues,
 
vers cette porte de l’inspiration
claustrant à double tour le souffle d’air
indispensable à ta respiration ;
 
qui ne cède guère à l’anhélation
sifflante de tes suçoirs à éther
qu’au dernier spasme de suffocation.

October 17, 2014

"Lever d’encre…"


Voilà ! De son étambot majuscule
à son étrave corpuscule,
ton navire est désormais verrouillé :
une île appareillée,
toute amarre larguée. Sauf ce fil qui persiste
entre pantin et marionnettiste,
se tend comme la nef se fond en l’horizon,
comme un nouveau creux agrandit ta maison.

Resté à quai, tu brandis un mouchoir,
cherchant des yeux l’autre bout de l’au revoir.
Impression de déjà-vu, de sans issue,
d’être soudain toi-même ces deux doigts de tissu
hissés, affalés, cette piètre voile de chiffon usé
que tu claques au vent jusqu’à la nausée ;
jusqu’à l’angoisse qui te submerge :
du souffle t’arrachant des bras de la berge !


October 03, 2014

"Les mots-ptysie…"


Induit par tes croix quotidiennes,
s’accumule au fond du cerveau,
dans cette pile à joies et peines,
un courant continu de mots.

Jusqu’à ce qu’une borne à vif
soudain rencontre un conducteur,
relance l’engin disruptif
et décharge l’alternateur.

Ainsi tes électrons s’échappent,
n’ayant d’autre choix qu’essaimer
vers le récepteur qui les happe

par cette prise au dépourvu
– à haut risque de t’enflammer
si un court-circuit imprévu !

September 26, 2014

"Le temps t’accule…"


Allant-venant à chaque laps,
le temps te lime par seconde,
t’émiette en poudre de ce monde,
te réduisant à un ersatz.

Sans que tu puisses rien y faire,
il te burine ride à ride,
entre les plis d’un cuir aride
drainant la fraîcheur de ta chair ;

tout en sirotant ta mémoire
vers un néant de basse-fosse
aussi ultime qu’un trou noir.

Jusqu’au bout de ta corrosion,
quand ne restera qu’un peu d’os
à ronger, avant l’occision.

July 09, 2014

"À la tombée de l’ennui…"


À la tombée de l’ennui, à l’heure où le corps perclus repose une fois encore sous le linceul crépusculaire de l’éveil agonisant, quand la main devient inutile, sevrée de crayon et de clavier – s’en vient à l’esprit désarmé une verve évanescente.

Grouillant écheveau de vers libres, nus sans les atours de la rime, décochés en l’air entre quatre murs et s’écrasant par terre, faute d’avoir rencontré la résistance de leur cible, en martelant au sol le rythme lourd du cœur-tambour cognant dans la poitrine.

Au séisme du soir échu, battent les tempes à coups de marteau qui enfoncent la tête dans l’oreiller brûlant, en quête de leur propre écho sur les ténèbres en vigilance au fond des faux-plis de l’insomnie.

Le tracé fantôme fébrile colonise la latence des rétines aveugles, renvoie la pensée à sa genèse haptique, noue son corps filaire en transe suspendue au tempo muet des airs imaginés, puis à celui lancinant du vide submergeant la fosse crânienne comme tarit la mélopée intime.

Le non-écrit des pures sensations s’évapore au creux de l’estomac nocturne : ce déversoir immense des gargouillis de l’âme, où les mots thaumaturgiques s’abîment avec frénésie, aussitôt happés, chiqués, postillonnés, partis en fumée blanche épaissir l’encre de la mémoire vespérale, hautement volatile, toujours vierge au petit matin.

June 26, 2014

"Mots lestés…"

Mes mots s’épuisent à courir
après les émotions-mirages
qu’ils voudraient mettre dans leur cage
pour les empêcher de mourir.

Noirs pèlerins en file indienne,
en proie aux déserts aveuglants,
ils ricochent contre des bancs
qui les enferment à la peine ;

sèchent à tracer un passage
en pointillé à la frontière
entre les sens et le langage ;

échouant à tirer du sable,
tamisé par les plus fins vers,
les sentiments insaisissables.

June 06, 2014

"Boîte de cardine…"


Tu t’érodes au fil abrasif
des journées lisses, ressassant
les rituels abrutissant
d’un ordinaire persuasif.

Quelque part au milieu du rang,
tu fais la queue sans autre but,
mis en moite avec ta tribu
de confinement écœurant.

Tu griffes les murs lubrifiés
d’une taule chromée, retombes,
du rouge aux ongles, tuméfié ;

Puis restes recroquevillé,
trempant dans l’huile de la tombe
où l’ennui te tient chevillé.

May 31, 2014

"Grains de joli…"


Sable dans les yeux
qu’apporte le vent de mai
des dunes de fleurs

Quand chaque clin d’œil
fait crisser sous les paupières
les grains de couleur

May 26, 2014

"Lent sable…"


Le même souffle malicieux
chassant le sable devant moi,
pousse la dune dans mon dos, 
qui tranquillement me rattrape 
et toujours m’enlise un peu plus ;
jusqu’à l’ensevelissement, 
l’ultime coup d’œil sur la route 
par laquelle je n’irai pas, 
l’annihilation dans labysse 
mouvant de ce tombeau à sec.