December 12, 2015

November 08, 2015

"Turgescence…"



Museau dans la source
laper la pourpre au calice
enflant sous la langue.

November 01, 2015

"Vigilance…"

Les eaux lisses sont invisibles,
à leur place un reflet paresse
en chaque gemme enchanteresse
d’un mimétisme marcescible.

Les arbres frissonnants épanchent
quelques ondées de papillons
allant conclure en tourbillon
leur bref périple d’avalanche.

Là-haut, gris et bleus métalliques
coulent la chape magnétique
d’une voûte d’acier trempé.

La nature se pelotonne
sous la pelisse de l’automne ;
et je reste dehors, vampé !

October 02, 2015

"Décidu…"

De l’écume grise des toisons
en transhumances orageuses
galvanisant les prés bleus ;
de l’éclipse totale
chaque jour effarouché plus tôt
pour autant de champs libre à la nuit
qui elle n’a peur de rien ;
des souffles fraîchissant qui s’enhardissent
et insinuent partout à tâtons
leurs mains froides en quête de frissons ;
des oiseaux prêts à appareiller
qui toutes plumes dehors
tournent leurs poupes becquetant
vers de moins tristes tropiques
– le temps est venu :
d’amorcer son repli ;
de s’endormir ;
d’apaiser son cœur et de le ralentir ;
de réserver son sang à ses membres enfouis ;
de secouer sa tête ;
de se dépouiller ;
d’ébouriffer sa chevelure marcescente,
d’y réveiller les papillons alanguis ;
d’offrir aux tourbillons qui s’impatientent
des nuées d’ailes mordorées !

September 25, 2015

"Entre chats…"


Malgré leur apparente indifférence, j’aime mes chats de compagnie : d’un amour désintéressé ne leur réclamant en retour que le plaisir de leur présence sporadique. Et je sais que ces chats m’aiment aussi et m’aimeraient encore quand bien même cela me serait égal. Nous nous aimons c’est tout, à notre manière, à l’occasion, sans en faire tout un plat. Assez pour vivre sous le même toit, à moins que vivre sous le même toit nous ai poussé à nous aimer à force de connivence induite par la proximité. Mais qu’importe, seul le résultat compte et nous apprécions de vivre côte à côte. Même si vivre est ici un bien grand mot : nous partageons plutôt un abri commun où nous savons pouvoir nous réfugier à tout moment si nécessaire, comme une sorte de camp de base où nos chemins ne font que se croiser, car nos vies parallèles ne pourront jamais se confondre. Des vies somme toute ordinaires, caractéristiques de nos conditions respectives : pour l’un d’homme moyen, plus souvent au bureau que chez lui, sinon accaparé par les formalités quotidiennes ; pour les autres de chats domestiques, régnant la nuit sur un territoire de chasse débordant le jardin, quand ils ne dorment pas le plus clair de leur temps. Sous ce toit donc, nous nous saluons, le cas échéant, toujours avec plaisir, chacun selon son code que l’autre ne comprend pas, mais toutefois reconnaît. C’est notre façon d’être ensemble, nous y sommes habitués, et c’est d’ailleurs la seule possible compte tenu de notre profonde différence, que nous acceptons cependant de bon gré. Les choses vont ainsi, il n’y a pas là de quoi fouetter un chat. Sauf à me demander si ce n’est pas l’extrême de cette différence qui nous permet de l’accepter si aisément, sans arrière-pensée, comme allant de soi. Car si nous nous ressemblions davantage, tels des représentants d’espèces proches, nous aurions sûrement des envies communes faisant de nous des concurrents. Et, fatalement, cette rivalité nous intimerait de prendre l’ascendant sur l’autre, pour le contrôler, le maîtriser, voire l’évincer. Bref, nous serions contraints d’obéir à la loi du plus fort. Alors qu’il s’avère tellement plus simple, presque naturel, d’accepter l’étranger lorsque sa différence est absolue, sans points communs nouant entre eux les fils jusque-là libres d’existences propres, par des nœuds si délicats à défaire qu’à la longue ils irritent et deviennent source de conflits. Partant, beaucoup de gens tolèrent davantage les chats que leurs congénères, n’imaginant pas que, peut-être, s’ils considéraient simplement leurs semblables au même titre que leurs compagnons félins, tout le monde vivrait bien plus heureux – entre chats !


September 11, 2015

"Canicule…"


Le monde en chaleur
ouvre son fond estival
de plastiques moites

Brûlants de rosée
à fleur de peau dévêtue
brillent ces aimants

Ainsi pie voleuse
la lumineuse attraction
par l’œil me capture

September 05, 2015

"Courant d’erre…"


Cheminement hors points de repère,
abîme des yeux au fil des rivières,
le dos à soulever chaque pierre
sale : l’espoir répété sous terre
d’aérer l’éclat augurant la lumière
d’un combien précieux minerai d’enfer ;
puis à mains nues s’écorcher de l’extraire,
puis en fondre la matière première
sonore d’un vibrant chant stellaire
mis en musique par l’univers,
au royaume affranchi de frontières
où des orages immobiles, sans tonnerre
essorent un ciel noir luisant de poussière
inondant de pigments les pouponnières
immenses des futurs vents solaires.

Naufrage de l’esquif solitaire
cherchant l’ultime harmonie à faire :
le sublime chef-d’œuvre unitaire
à bomber le sens d’une survie précaire,
pour qu’il reste au moins cette prière
aiguë fichée en plein cœur du désert
comme une belle tombe étrangère
oasis qui dresse en haute mer
son écueil sauvage cerné de colère ;
où, accomplie leur orbite polaire,
viendront se poser aux côtés de l’hiver
d’insolents oiseaux qui échaufferont l’air
froid de leurs vagissements funéraires
hissant en buée drapée sur l’atmosphère
les couleurs d’un thrène aux franges lunaires.

August 09, 2015

"Pensée des lacets…"

La matinée est à peine entamée quoique je roule sur ces départementales sinueuses depuis près de deux heures. Les tournants se succèdent sans interruption et au fur et à mesure de leur enchaînement ma conduite se fluidifie, devient plus automatique, plus sûre. Je m’habitue aux virages de mieux en mieux anticipés, tout comme le comportement de ma voiture qui semble avoir retrouvé un second souffle après tant de mois passés à s’étouffer dans les embouteillages et petits parcours semés d’embûches constituant l’essentiel de mes trajets quotidiens, tel un pur-sang rendu soudain aux grandes plaines après n’avoir connu durant de longs mois que l’étroitesse d’un box et la brève occasion chaque jour de se dégourdir les pattes au cours d’un rapide aller-retour vers un enclos trop exigu pour y galoper. Il y a peu de monde sur la route et j’avance à bonne allure. Autour de moi les enfants dorment, fatigués après leur courte nuit, ayant eu du mal sans doute à trouver le sommeil à cause de l’excitation du départ matinal. Je n’ai pas beaucoup dormi non plus, mais je me sens bien, heureux d’être en vacances, de partir loin de la maison que la routine a sournoisement transformée en prison, vers un lieu inconnu et n’offrant pas encore de prise aux habitudes, ces habitudes si utiles pourtant à l’efficacité quotidienne, mais qui en contrepartie confinent le jeu de la vie à la platitude d’une aire exclusive, ennuyeuse au possible. Tandis que le trajet se poursuit, je jette machinalement un coup d’œil à la jauge d’essence – il en reste suffisamment pour arriver à destination – et ce simple geste déverrouille soudain mon esprit qui se met à vagabonder…

Je songe au chemin qu’il me reste à parcourir et à ma réserve de temps par analogie avec celle du carburant de ma voiture dont je viens de constater le niveau. Le temps qui ne pourrait bien être en fin de compte qu’une espèce de carburant, disponible pour tous en quantité semble-t-il inépuisable, mais distribué à chacun avec une extrême parcimonie. Chacun recevant à l’aube de sa vie un unique plein qu’il sera dès lors libre de dépenser comme il l’entend, en s’efforçant ou non de gérer au mieux cette ration dont la mesure est définitive. Durant sa jeunesse d’abord, insouciant, amoureux de vitesse et de sensations fortes, faisant tourner le moteur à plein régime, sans s’inquiéter de sa consommation ni prêter attention à la jauge d’essence dont l’aiguille au fil de ces années trépidantes plonge à toute allure vers le zéro. Jusqu’à ce qu’un beau jour – s’il a jusque-là échappé à tout accident fatal –, presque par hasard, presque par distraction, il entrevoie le niveau de carburant et se rende compte avec stupéfaction, et une certaine inquiétude, qu’il indique déjà moins de la moitié du réservoir ! C’est alors qu’il se met à changer, à rouler de moins en moins vite pour aller de moins en moins loin, en surveillant sans cesse sa jauge, imaginant tous les moyens de ralentir la course irrémédiable de l’aiguille vers cette butée menaçante qui se dresse à l’origine du cadran pour lui barrer la route une fois pour toutes – comprenant alors que sa jeunesse s’en est allée ! Et petit à petit, gagné par l’obsession dévorante de cette jauge qui s’enfonce, il finit par ne plus voir que ça, par ralentir toujours davantage pour économiser, inconscient d’un autre danger qui le guette : que son moteur trop affaibli par le sous régime finisse par caler et ne puisse plus redémarrer – car désormais trop vieux et usé par les kilomètres et les folies passés – bien avant que le réservoir ne soit totalement vide ! Gaspillant ainsi ce fond de réservoir qui lui aurait permis pourtant d’avancer encore, de découvrir davantage du paysage nouveau qui défile autour de lui, de plus à ce moment-là assez lentement pour en apprécier d’autres détails révélateurs peut-être d’une beauté inattendue ; au lieu d’achever sa course de cette façon : comme s’est éteint un feu mal attisé peu à peu asphyxié sous sa propre cendre, stupidement en panne au bord de la route, sans même pouvoir prétendre à l’amertume de regrets posthumes ; tout ça pour avoir essoufflé trop tôt son moteur par un excès de précautions, laissant croupir au fond du réservoir le précieux combustible qu’il aurait pu brûler au cours d’une ultime accélération, pour une dernière fois sentir le vent dans ses cheveux, être grisé par la vitesse au long de quelques merveilleux virages supplémentaires encore devant lui…

Retour sans transition à la réalité, refermant la parenthèse aussi brusquement qu’elle fut ouverte : je conduis maintenant depuis plus de deux heures et je commence à avoir des fourmis dans les jambes et des crampes dans les mains. Il est grand temps que je m’arrête et fasse une pause…