April 08, 2016

"Ras le bol…"


Ma tête inclinée déborde tel un bol la soupe emplit à ras bord.
Sur la nappe les mots versés tout autour éclaboussent.
Par terre glissent nombre d’entre eux emportés par la chute.
Précipité à les coucher pleins, trop vite ai penché le bol au vide,
partout postillonnant le fluide qui y clapotait.
Et n’obscurcissent que rares jets le blanc,
des phrases belles en ma tête si bien construites à écrire
– dont le meilleur est aux égouts !

April 02, 2016

"Ouverture prochaine…"


Quel bourdon premier
s’enivrera dès ouvert
l’aguichant périanthe ?

March 25, 2016

"Hyperthermie vernale…"

Quand des jupes aromales
Monte dans l’air immobile
L’invitation des nubiles
À l’ivresse de l’escale,

Bas dans le ciel des languides
Se rue le vol des insectes :
Raidissant pour la collecte
Leurs zélées trompes avides ;

Leurs ailes épileptiques
Mixant senteurs et soupirs
Tels des fouets électriques ;

Finissant par s’assouvir
Dans un mutisme pudique
Dérobant l’acte extatique.


December 12, 2015

November 08, 2015

"Turgescence…"



Museau dans la source
laper la pourpre au calice
enflant sous la langue.

November 01, 2015

"Vigilance…"

Les eaux lisses sont invisibles,
à leur place un reflet paresse
en chaque gemme enchanteresse
d’un mimétisme marcescible.

Les arbres frissonnants épanchent
quelques ondées de papillons
allant conclure en tourbillon
leur bref périple d’avalanche.

Là-haut, gris et bleus métalliques
coulent la chape magnétique
d’une voûte d’acier trempé.

La nature se pelotonne
sous la pelisse de l’automne ;
et je reste dehors, vampé !

October 02, 2015

"Décidu…"

De l’écume grise des toisons
en transhumances orageuses
galvanisant les prés bleus ;
de l’éclipse totale
chaque jour effarouché plus tôt
pour autant de champs libre à la nuit
qui elle n’a peur de rien ;
des souffles fraîchissant qui s’enhardissent
et insinuent partout à tâtons
leurs mains froides en quête de frissons ;
des oiseaux prêts à appareiller
qui toutes plumes dehors
tournent leurs poupes becquetant
vers de moins tristes tropiques
– le temps est venu :
d’amorcer son repli ;
de s’endormir ;
d’apaiser son cœur et de le ralentir ;
de réserver son sang à ses membres enfouis ;
de secouer sa tête ;
de se dépouiller ;
d’ébouriffer sa chevelure marcescente,
d’y réveiller les papillons alanguis ;
d’offrir aux tourbillons qui s’impatientent
des nuées d’ailes mordorées !

September 25, 2015

"Entre chats…"


Malgré leur apparente indifférence, j’aime mes chats de compagnie : d’un amour désintéressé ne leur réclamant en retour que le plaisir de leur présence sporadique. Et je sais que ces chats m’aiment aussi et m’aimeraient encore quand bien même cela me serait égal. Nous nous aimons c’est tout, à notre manière, à l’occasion, sans en faire tout un plat. Assez pour vivre sous le même toit, à moins que vivre sous le même toit nous ai poussé à nous aimer à force de connivence induite par la proximité. Mais qu’importe, seul le résultat compte et nous apprécions de vivre côte à côte. Même si vivre est ici un bien grand mot : nous partageons plutôt un abri commun où nous savons pouvoir nous réfugier à tout moment si nécessaire, comme une sorte de camp de base où nos chemins ne font que se croiser, car nos vies parallèles ne pourront jamais se confondre. Des vies somme toute ordinaires, caractéristiques de nos conditions respectives : pour l’un d’homme moyen, plus souvent au bureau que chez lui, sinon accaparé par les formalités quotidiennes ; pour les autres de chats domestiques, régnant la nuit sur un territoire de chasse débordant le jardin, quand ils ne dorment pas le plus clair de leur temps. Sous ce toit donc, nous nous saluons, le cas échéant, toujours avec plaisir, chacun selon son code que l’autre ne comprend pas, mais toutefois reconnaît. C’est notre façon d’être ensemble, nous y sommes habitués, et c’est d’ailleurs la seule possible compte tenu de notre profonde différence, que nous acceptons cependant de bon gré. Les choses vont ainsi, il n’y a pas là de quoi fouetter un chat. Sauf à me demander si ce n’est pas l’extrême de cette différence qui nous permet de l’accepter si aisément, sans arrière-pensée, comme allant de soi. Car si nous nous ressemblions davantage, tels des représentants d’espèces proches, nous aurions sûrement des envies communes faisant de nous des concurrents. Et, fatalement, cette rivalité nous intimerait de prendre l’ascendant sur l’autre, pour le contrôler, le maîtriser, voire l’évincer. Bref, nous serions contraints d’obéir à la loi du plus fort. Alors qu’il s’avère tellement plus simple, presque naturel, d’accepter l’étranger lorsque sa différence est absolue, sans points communs nouant entre eux les fils jusque-là libres d’existences propres, par des nœuds si délicats à défaire qu’à la longue ils irritent et deviennent source de conflits. Partant, beaucoup de gens tolèrent davantage les chats que leurs congénères, n’imaginant pas que, peut-être, s’ils considéraient simplement leurs semblables au même titre que leurs compagnons félins, tout le monde vivrait bien plus heureux – entre chats !