May 14, 2015

"Toxico chenille…"


Jour après jour devant ta glace
tu déplores le temps qui passe :
ta peau naguère satinée
désormais laisse deviner
le panorama en détresse
d’une enveloppe qui s’affaisse
et que l’usure sédimente :
paysage dans la tourmente
d’un haillon chiffonné en boule
plein de plis quand tu le déroules ;
tel le nuancier au nitrate
d’une photographie sans date,
ta coloration se flétrit
et vire peu à peu au gris
cendre de ces interminables
jours pluvieux où, inconsolable,
tu adhères aux carreaux mouillés
comme la honte au fer rouillé.

D’abord te crus larve ingénue
dont le temps était advenu
de préparer sa chrysalide,
d’où émergerait un humide
papillon aspirant aux cieux,
ainsi te calcifiant pour mieux
te fendre et mieux ressusciter.
Mais les bourgeons ont éclatés
bien des printemps et rien n’augure
que le mal qui te dénature
progresse vers sa guérison.
Alors tu languis l’horizon
en te demandant tout tremblant
si au lieu d’être le ver blanc
tu ne serais pas à l’inverse
le bois qu’il infecte et transperce,
et ton espérée renaissance
en vérité ta marcescence !

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